La Légende de SÉLÉNIA - Le Charme du Silence Intérieur

Légende Sélénia

Dans la Maison des Sages, le silence avait toujours eu une place particulière.

Il existait une salle où les habitants venaient lorsqu’ils avaient besoin de réfléchir. On y trouvait de hauts rayonnages remplis de livres, quelques fauteuils installés près des fenêtres et, au centre, une grande table sur laquelle s’accumulaient cartes, carnets et instruments d’observation.

On l’appelait la Salle du Silence.

Pourtant, contrairement à ce que son nom pouvait laisser croire, elle n’était jamais véritablement silencieuse.

On y entendait le bois travailler lorsque le soleil réchauffait les fenêtres, les pages tourner, le vent frôler les feuillages du jardin et, au loin, les bruits du Village.

Un jour, une jeune habitante demanda à l’un des anciens Sages :

- "Pourquoi l’appelle-t-on la Salle du Silence puisqu’on y entend tant de choses ?"

Le Sage sourit.

Au lieu de répondre, il l’invita à s’asseoir près de la fenêtre.

Ils restèrent là quelques instants.

La jeune femme entendit d’abord tout ce qu’elle connaissait déjà : des pas dans le couloir, un oiseau posé sur une branche, le bruissement des feuilles, quelques voix provenant du chemin.

Elle attendit.

Peu à peu, elle cessa d’essayer de faire disparaître ces sons.

Et quelque chose changea.

Le Village était toujours là.

Les oiseaux aussi.

Rien autour d’elle ne s’était tu.

Pourtant, le tumulte qu’elle avait apporté avec elle semblait s’être éloigné.

Le Sage posa alors devant la fenêtre une petite suspension composée de cercles. Au centre se trouvait une silhouette immobile, assise sur un croissant, auprès d’un lotus.

Sous elle, un cristal attendait le soleil.

Lorsqu’un rayon traversa la fenêtre, la pampille s’illumina et projeta quelques éclats autour d’eux.

La jeune femme les regarda lentement se déplacer sur les murs.

- "Maintenant, tu comprends ?" demanda le Sage.

Elle hocha la tête.

Le silence dont parlaient les Sages n’était pas celui que l’on obtenait en faisant taire le monde.

C’était celui que l’on retrouvait lorsque l’on cessait un instant de lutter contre son mouvement.

La suspension resta près de cette fenêtre.

Au fil du temps, ceux qui entraient dans la salle prirent l’habitude de s’asseoir quelques minutes auprès d’elle.

Certains venaient avec une décision à prendre.

D’autres avec trop de pensées.

Quelques-uns n’avaient aucune question particulière. Ils avaient simplement besoin d’un endroit où rester un moment sans devoir faire quoi que ce soit.

Un jour, quelqu’un demanda quel était le nom du Charme suspendu à la fenêtre.

Les Sages réalisèrent qu’ils ne lui en avaient jamais donné.

On l’appela Sélénia.

Depuis, lorsqu’un rayon de soleil traverse ses cristaux, personne ne demande à ses éclats de rester immobiles.

On les regarde apparaître, se déplacer… puis disparaître.

Comme les pensées.

Comme les inquiétudes.

Comme tant de choses que l’on croyait devoir retenir.

Et dans la Maison des Sages, on raconte encore que Sélénia ne fait pas taire le monde.

Elle rappelle simplement qu’au milieu de son bruit, il existe toujours un endroit où revenir : soi-même.

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