Publié par Céline GUYOT dans Maison des Sages le 02/08/2026 à 21:38
Dans la Maison des Sages, il existe une salle où deux étranges figures sont suspendues face à face.
La première pointe vers le ciel.
La seconde vers la terre.
Pendant longtemps, les apprentis cherchèrent à comprendre laquelle des deux représentait le chemin qu'ils devaient suivre.
Certains choisissaient celle qui s'élevait.
- "Elle montre ce que nous pouvons devenir."
D'autres préféraient celle qui descendait vers la terre.
- "Elle rappelle ce que nous sommes."
Et chacun trouvait mille raisons de défendre son choix.
Un jour, une jeune apprentie demanda à l'un des Sages :
- "Laquelle est juste ?"
Le Sage observa les deux figures.
Puis il répondit :
- "Pourquoi l'une devrait-elle rendre l'autre fausse ?"
La jeune femme resta silencieuse.
Alors le Sage détacha les deux formes.
Il approcha doucement celle qui pointait vers le ciel de celle qui regardait vers la terre.
Puis il les fit glisser l'une dans l'autre.
Sous les yeux de l'apprentie, une nouvelle figure apparut.
Des lignes qui semblaient suivre des directions opposées formaient désormais une seule structure.
- "Merkabah", murmura le Sage.
La jeune femme en fit lentement le tour.
Selon l'endroit où elle se plaçait, certaines lignes disparaissaient derrière les autres.
Puis elles réapparaissaient.
Aucune n'avait été supprimée.
Aucune n'avait dû renoncer à sa direction.
Pourtant, toutes appartenaient désormais à la même figure.
- "Alors laquelle des deux était la bonne ?" demanda-t-elle.
Le Sage sourit.
- "Les deux étaient nécessaires."
Il posa doucement la Merkabah entre ses mains.
- "Nous passons parfois une grande partie de notre existence à décider quelles parts de nous méritent de rester."
La force ou la douceur.
La raison ou l'intuition.
Ce que nous avons été ou ce que nous sommes en train de devenir.
Nous croyons devoir choisir.
Corriger.
Effacer.
La jeune femme contempla de nouveau la figure.
- "Et si elles semblent se contredire ?"
- "Alors peut-être n'as-tu pas encore découvert la place qu'elles occupent dans l'ensemble."
L'apprentie ne répondit pas.
Elle regarda longtemps les lignes de la Merkabah.
Pour la première fois, elle ne cherchait plus celle qu'il fallait suivre.
Elle regardait la figure entière.
Depuis ce jour, les Sages enseignent que la complétude ne consiste pas à devenir un être sans contradictions.
Elle consiste à reconnaître que nous sommes faits de nombreuses parts, de nombreux mouvements et de nombreuses histoires …
et qu'aucune n'a nécessairement besoin de disparaître pour que nous puissions être entiers.
C'est ainsi que Merkabah entra dans le Grand Livre.
Le Charme de la Complétude.
Pour rappeler que certaines parts de nous semblent opposées uniquement lorsque nous les regardons séparément.
"Être entier ne signifie pas n'avoir qu'une seule direction. C'est découvrir la place de chacune de nos parts dans l'ensemble."
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