La Légende d'ALIZÉ - Le Charme des Courants de Lumière

Légende Alizé

Dans la Maison des Nomades, on avait coutume de dire que le Village possédait ses propres vents.

Ils ne soufflaient jamais tout à fait de la même manière que ceux des terres alentour. Certains descendaient doucement des collines, chargés du parfum des fleurs. D’autres traversaient les ruelles en faisant danser les étoffes suspendues aux fenêtres ... puis repartaient aussi vite qu’ils étaient venus.

Les Nomades les connaissaient presque tous.

Ils savaient reconnaître le vent annonçant la pluie, celui qui précédait les longues journées d’été et celui qui, certains soirs, semblait arriver de si loin qu’il portait avec lui des parfums inconnus.

Mais il en existait un autre.

Un courant léger et insaisissable qui apparaissait lorsque le soleil traversait le Village. Partout où il passait, la lumière semblait bouger avec lui.

Les anciens de la Maison l’appelaient simplement le Courant.

Personne ne savait d’où il venait ni où il repartait.

Puis, un matin, il disparut.

Ce jour-là, rien ne semblait véritablement différent. Le soleil s’était levé comme toujours et les habitants avaient ouvert leurs portes. Pourtant, à la Maison des Nomades, quelque chose manquait.

Les étoffes suspendues aux auvents restaient immobiles.

Les petits ornements accrochés aux roulottes ne tintaient plus.

Même les feuilles des arbres semblaient attendre.

Les Nomades laissèrent passer une journée, puis deux.

Au troisième matin, l’une d’entre eux remarqua quelque chose d’étrange : sur le sol, près d’une fenêtre, un minuscule éclat de lumière venait de bouger.

Elle leva les yeux.

Un cristal suspendu là depuis longtemps avait capté un rayon de soleil. L’éclat glissa sur le mur, disparut, puis reparut quelques instants plus tard.

Alors elle comprit.

Le Courant n’avait peut-être pas disparu.

Il avait simplement changé de chemin.

Les Nomades partirent à sa recherche.

Ils observèrent les feuilles, les reflets sur l’eau, les poussières qui dansaient dans les rayons du soleil. Peu à peu, ils retrouvèrent sa trace : ici un mouvement presque imperceptible, là un éclat qui semblait se déplacer sans raison.

Mais chaque fois qu’ils pensaient l’avoir retrouvé, le Courant leur échappait.

De retour à la Maison, ils rassemblèrent de grands anneaux et les suspendirent les uns sous les autres. Entre eux, ils placèrent des cristaux capables d’attraper les rayons du soleil. Au centre, ils installèrent un cercle aux lignes ondoyantes, semblables aux chemins invisibles que dessine le vent lorsqu’il traverse le monde.

Ils suspendirent leur création près de la grande ouverture de la Maison.

Et ils attendirent.

Lorsque le soleil atteignit les premiers cristaux, un éclat apparut.

Puis un second.

La lumière passa d’un cercle à l’autre, se refléta sur les murs et se dispersa en petites lueurs mouvantes.

À cet instant, quelque chose traversa la pièce.

Les anneaux oscillèrent doucement.

Les cristaux se mirent à tourner.

Les étoffes se soulevèrent.

Et tout autour d’eux, la lumière se mit à danser.

Le Courant était revenu.

Personne ne chercha à savoir où il était allé. Chez les Nomades, on savait qu’on ne demande pas toujours à ce qui voyage de raconter d’où il revient.

On se contenta de lui laisser une fenêtre ouverte.

Quant au Charme qui avait guidé son retour, on lui donna le nom d’un vent doux venu des horizons lointains :

Alizé.

Depuis ce jour, il demeure l’un des Charmes de la Maison des Nomades.

On le suspend là où la lumière peut venir à sa rencontre, et on le laisse suivre les mouvements de l’air sans chercher à les retenir.

Car Alizé porte en lui une vérité que les Nomades connaissent depuis toujours :

ce qui change de direction n’est pas nécessairement perdu.

Et lorsque ses cristaux s’illuminent et que leurs éclats recommencent à voyager, certains aiment encore murmurer :

"Alizé fait circuler la lumière là où elle s’était arrêtée."

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