Publié par Céline GUYOT dans Légendes de la Maison des Déesses le 01/08/2026 à 21:59
Dans la Maison des Déesses, il existe une salle que l’on n’ouvre qu’une fois par an.
Elle ne contient ni trésor, ni couronne, ni objet précieux.
Seulement des miroirs.
Des centaines de miroirs.
Certains sont immenses.
D’autres tiennent à peine dans la paume d’une main.
Il y en a d’argent, de cuivre, de verre sombre ou parfaitement transparent.
Et tous possèdent une étrange particularité :
ils ne montrent jamais exactement le même reflet.
On raconte qu’autrefois, les femmes venaient de très loin pour entrer dans cette salle.
Chacune cherchait le miroir qui lui montrerait enfin celle qu’elle devait devenir.
Certaines espéraient y découvrir une reine.
D’autres une déesse.
D’autres encore, le visage d’une femme plus belle, plus forte ou plus courageuse qu’elles ne pensaient l’être.
Mais aucun miroir ne leur montrait ce qu’elles attendaient.
Alors elles passaient de l’un à l’autre.
Encore.
Et encore.
Jusqu’à ce qu’une jeune femme entre un matin dans la salle.
Elle observa les miroirs pendant longtemps.
Puis elle s’arrêta devant le plus petit d’entre eux.
Son cadre était irrégulier.
Son verre légèrement imparfait.
Personne ne l’avait jamais choisi.
La jeune femme regarda son reflet.
Elle ne vit ni reine.
Ni déesse.
Ni visage différent du sien.
Elle se vit simplement telle qu’elle était.
Alors elle sourit.
Et, pour la première fois depuis que la salle existait, le miroir se fendit.
Pas en éclats.
Une seule ligne traversa doucement sa surface.
Les gardiennes accoururent.
Elles pensèrent que l’objet était brisé.
Mais lorsqu’elles regardèrent à leur tour dans le miroir, aucune ne vit la fissure au même endroit.
Certaines jurèrent même qu’il n’y en avait aucune.
La jeune femme, elle, ne sembla pas surprise.
Avant de quitter la Maison des Déesses, elle posa simplement la main sur le cadre et murmura :
- "Singulière."
Depuis ce jour, ce nom est donné aux créations qui rappellent cette étrange histoire.
Et le petit miroir repose toujours dans la salle.
Personne n’a jamais réussi à le réparer.
Personne n’a jamais vraiment essayé.
Car on raconte qu’il ne se fend pas devant celles qui sont différentes ...
mais seulement devant celles qui, l’espace d’un instant,
cessent de vouloir être quelqu’un d’autre.
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