La Légende de NÉRYS - Le Charme de la Lucidité
Publié par Céline GUYOT dans Maison des Mystères Le
27/08/2026 à 00:52
Dans la Maison des Mystères, Nérys avait une réputation.
Il remarquait les détails.
Ceux que les autres oubliaient, ceux qui semblaient insignifiants et, surtout, ceux qui ne correspondaient pas tout à fait au reste.
Un matin, il découvrit sur une table un vieux manuscrit accompagné d’un message :
- "Ne te fie pas à ce que tu vois."
Pour Nérys, c’était évidemment une invitation.
Il examina la couverture, observa les symboles tracés dans les marges, compara les écritures et passa une bonne partie de la journée à chercher ce que le manuscrit pouvait dissimuler.
À la tombée du soir, il n’avait toujours rien trouvé.
Un habitant de la Maison passa près de lui.
- "Tu es encore là ?"
- "Il y a quelque chose que je ne vois pas."
L’habitant regarda le message.
- "Ou peut-être vois-tu quelque chose qui n’y est pas."
Nérys fronça les sourcils.
Cette possibilité lui déplaisait beaucoup.
Il reprit pourtant le manuscrit depuis le début.
Cette fois, il cessa de chercher un passage secret, un symbole dissimulé ou une énigme dans l’énigme.
Il lut simplement ce qui se trouvait devant lui.
Et il comprit.
Le manuscrit ne cachait rien.
Le message n’était pas un avertissement concernant le livre.
Il concernait celui qui le regardait.
Nérys resta silencieux quelques instants, puis éclata de rire.
Il prit son marque-page. Un serpent y descendait le long d’une colonne, depuis un soleil obscur jusqu’à un soleil rayonnant portant un œil ouvert en son centre.
Il le glissa entre les pages.
Ce soir-là, Nérys comprit que regarder plus profondément ne signifiait pas toujours chercher davantage.
Parfois, il fallait au contraire retirer ce que l’on avait soi-même ajouté : une supposition, une crainte, une certitude trop rapide.
Depuis, lorsqu’une énigme arrive à la Maison des Mystères, Nérys continue d’observer les détails.
Il continue de poser des questions.
Mais il n’oublie plus d’en poser une dernière :
- "Qu’est-ce que je vois réellement ?"
Car Nérys sait désormais que la lucidité ne consiste pas à découvrir un secret derrière chaque apparence.
Elle commence parfois lorsque l’on accepte de voir ce qui était simplement là.