La Légende de AIÒN - Le Charme du Temps Éternel
Publié par Céline GUYOT dans Légendes de la Maison des Astres Le
01/08/2026 à 15:45
On raconte qu'autrefois, une femme voulut arrêter le temps.
Elle n'était ni magicienne ni déesse.
Elle était simplement heureuse.
Si heureuse qu'elle redoutait le jour où quelque chose viendrait changer ce qu'elle possédait.
Alors, chaque soir, elle regardait le Soleil descendre vers l'horizon et murmurait :
- "Reste encore un peu."
Mais le Soleil disparaissait.
Elle observait la Lune changer de visage nuit après nuit.
- "Ne t'en va pas."
Mais la Lune continuait de s'effacer.
Elle marcha jusqu'au bord de l'eau et tenta de retenir entre ses mains une vague venue mourir sur le rivage.
Mais l'eau glissa entre ses doigts et retourna vers la mer.
Alors la femme se rendit auprès d'un Sage.
- "Pourquoi tout finit-il par disparaître ?" lui demanda-t-elle.
Le Sage leva les yeux vers le ciel.
La nuit était tombée.
- "Que crois-tu avoir perdu aujourd'hui ?"
- "Le Soleil."
Le Sage sourit.
- "Tu confonds la fin avec l'absence."
La femme fronça les sourcils.
Alors il désigna la Lune.
- "La vois-tu ?"
- "Oui."
- "Et pourtant, certaines nuits, elle disparaîtra presque entièrement de ton regard. Croiras-tu qu'elle aura cessé d'exister ?"
- "Non."
Le Sage se dirigea vers le rivage.
Une vague vint jusqu'à leurs pieds avant de repartir.
- "Et cette vague ?"
- "Elle est partie."
- "Oui."
Une nouvelle vague arriva.
- "Mais la mer est toujours là."
La femme resta silencieuse.
Puis elle demanda :
- "Alors tout finit toujours par revenir ?"
Cette fois, le Sage secoua la tête.
- "Non."
La femme sembla surprise.
Le Sage poursuivit :
"Certaines choses appartiennent à un temps qui ne reviendra pas. Certains instants ne se répéteront jamais. Certaines présences deviendront des souvenirs. Et certains chemins, une fois quittés, resteront derrière nous."
- "Alors comment accepter de les perdre ?"
Le Sage contempla longtemps l'horizon.
"En comprenant que ce qui s'achève ne disparaît pas nécessairement de ton histoire."
Il ramassa une poignée de sable.
- "Le temps ne te rendra pas toujours ce qu'il emporte."
Puis il ouvrit la main et laissa les grains s'échapper entre ses doigts.
"Mais il emportera avec toi la trace de ce qui fut. Il transformera ce qui demeure. Et il ouvrira la voie à ce qui n'existe pas encore."
À cet instant, les premières lueurs apparurent à l'horizon.
La femme regarda le Soleil se lever.
C'était un nouveau jour.
Pas celui de la veille.
Il ne le serait jamais.
Et pourtant, la lumière était revenue.
Alors elle comprit.
Le temps n'était pas un cercle condamné à répéter éternellement la même histoire.
Il était un mouvement.
Fait de retours et de départs.
De commencements et de fins.
De choses qui reviennent.
Et d'autres qui ne reviendront jamais.
Mais toujours…
le mouvement continuait.
La femme regarda une dernière fois le Sage.
- "Comment appelle-t-on ce temps-là ?"
Celui-ci leva les yeux vers le Soleil, puis vers la Lune qui disparaissait lentement dans la lumière du matin.
"Aión."
Depuis ce jour, dans la Maison des Astres, ce nom désigne le temps que personne ne peut arrêter.
Celui qui fait danser les astres.
Avancer et reculer les eaux.
Naître et disparaître les saisons.
Celui qui transforme les êtres sans jamais leur demander la permission.
Et lorsque quelqu'un tente désespérément de retenir ce qui est en train de changer, les Sages murmurent encore :
"Ne demande pas au temps de s'arrêter. Demande-lui plutôt de t'apprendre à avancer avec lui."